Cette étude présente les savoirs ethno-climatologiques détenus par les communautés Wemè et Holi.
Elle vise à mieux appréhender l’implication des desdits savoirs dans l’organisation de la vie économique et socio-culturelle en vue de leur prise en compte dans les politiques de développement. La démarche utilisée a combiné la recherche quantitative et qualitative. Les données ont été obtenues à travers la recherche documentaire et les investigations socio-anthropologiques. La Méthode d’Investigation Répétée (MIR) a été utilisée pour s’assurer de l’invariabilité des informations. Le traitement des données a été réalisé grâce à l’utilisation des approches statistiques et des logiciels tels que SPSS et MUSESCORE. La grille d’analyse de la GIZ a été utilisée pour l’analyse des perceptions.
De façon globale, l’analyse des données a été réalisée grâce au modèle ETHNO-CLIM et à l’approche PPSE. Les résultats issus des investigations répétées montrent que les Wem+nu et les H-li détiennent des
savoirs sur les faits climatiques. La pluie (ji en Wem+ et ojo en H-li), la grande saison pluvieuse (xweji en Wem+ et ojo odun en H-li), l’harmattan (awoo en Wem+ et -y+ en H-li), la sécheresse (alun en Wem+ et erun en H-li), etc. sont autant de terminologies désignant les faits climatiques et maîtrisées par les populations. Mieux, les deux communautés ont à leur actif des savoirs pour provoquer ou refouler la
pluie. L’usage de l’approche PPSE, a permis de constater que l’observation de la phénologie de la végétation naturelle et des comportements des espèces animales permet aux populations de prévoir les saisons.
Pour 78 % des personnes interrogées dans les deux espaces géographiques, l’hirondelle (az-nx, en Wem+ et akpadur,dur, en H-li) vole à haute altitude, quand il fait beau temps. Pour 85 % des deuxcommunautés, la floraison de Erythrina senegalensis (Kpaklesi en Wem, et ogush,sh, en H-li) et Vernomia
amygdalina (amanvive en Wem+ et anukoro -din en H-li) est perçue comme annonciatrice de l’arrivée de la saison sèche et permet de prendre des dispositions contre les méfaits de la saison sèche. Ces savoirs sont essentiellement véhiculés par les chansons, les adages et dictons. A l’heure actuelle,
la plupart des indicateurs qui fondent ces savoirs sont de moins en moins fiables au regard des mutations climatiques en cours dans le milieu d’étude. Or, le climat contribue au choix du modèle d’habitation, réglemente le mode vestimentaire, agit sur la disponibilité alimentaire, intervient dans la reproduction humaine, détermine le taux de fréquentation des écoles, etc. En un mot, le climat rythme la vie économique et socio-culturelle des populations. La vie économique et socio-culturelle étant liée au climat, ses modifications et bouleversementsintéressent et inquiètent les communautés. Pour y faire face, les populations développent des stratégies d’adaptation. Face aux déficits pluviométriques, 75 % des paysans investissent dans l’exploitation des bas-fonds tandis qu’en cas d’excédents pluviométriques, ils réalisent des billons
perpendiculaires à la pente. Dans l’un ou l’autre des cas, ils augmentent les emblavures par culture (67 %). La plupart de ces stratégies sont parfois difficiles à mettre en oeuvre. L'analyse des stratégies d'adaptation développées par les producteurs montre qu'ils tiennent compte de leurs perceptions. Ces stratégies ont pour source les savoirs locaux
et exogènes.Mots clés : Bénin, Pays Wem+ et H-li, savoirs ethno-climatologiques, vie économique et socio-culturelle, stratégies endogènes