La présente étude a été conduite dans le cadre du programme BIOTA de recherches sur l’évaluation et l’évolution de la phytodiversité des domaines sahélien et soudanien de l’Afrique de l’Ouest. Elle a pour objectifs principaux d’estimer la diversité floristique et les potentialités de régénération de la végétation ligneuse puis d’évaluer la dynamique naturelle de 9 espèces utilitaires menacées d’extinction, à savoir Afzelia africana, Anogeissus leiocarpus, Bombax costatum, Boswellia dalzielii, Burkea africana, Dalbergia melanoxylon,
Pterocarpus erinaceus, Pterocarpus lucens et Sterculia setigera. Les travaux se sont déroulés suivant un gradient climatique traversant, du Nord au Sud, les différents secteurs phytogéographiques du Burkina Faso. Des relevés phytosociologiques ont été réalisés pour l’inventaire floristique. A ces relevés sont associés un inventaire quantitatif de la strate juvénile (D1,30 < 5 cm) basé sur le comptage et la mesure de hauteur. La dynamique d’évolution des 9 espèces utilitaires a été évaluée à travers la structure de leurs peuplements et les caractéristiques de leur régénération. Les résultats révèlent une importante richesse floristique avec 204 espèces ligneuses réparties en 129 genres et 49 familles. Le nombre d’espèces représente près de 20% des plantes vasculaires recensées au Burkina Faso. Sur l’ensemble des 4 secteurs climatiques, la flore se caractérise par un petit nombre d’espèces plus fréquentes. Les familles dominantes varient peu en fonction des secteurs climatiques et ce sont, en général, les Combretaceae, les Mimosaceae, les Caesalpiniaceae et les Rubiaceae qui prédominent. La richesse et la diversité floristiques sont considérablement plus élevées dans les groupements végétaux du domaine soudanien. Bien qu’étant nettement plus pauvre, la flore sahélienne contribue à la diversité floristique par des espèces qui lui sont propres. Localement, certaines formations végétales ou stations azonales abritent des flores inhabituelles ou d’importantes diversités ligneuses. La strate juvénile montre une apparente dynamique d’équilibre à travers la structure globale des populations. Mais en réalité, très peu d’espèces ont une bonne rejuvénilisation. Seules Combretum glutinosum et Combretum nigricans présentent une bonne régénération. Le potentiel de régénération existe chez certaines espèces, mais la contribution effective au rajeunissement des peuplements reste faible. Beaucoup de familles ne sont représentées que par une seule espèce et constituent un risque potentiel de perte de phytodiversité. L’analyse de la structure des populations des 9 espèces montre une dynamique générale de régression caractérisée par des peuplements vieillissants et des difficultés de régénération. Afzelia africana et Dalbergia melanoxylon montrent particulièrement des signes évidents de régression naturelle dans leur milieu. En plus de leur très faible régénération, les peuplements de ces 2 espèces contiennent un fort taux de sujets en mauvais état sanitaire.
Quant à Anogeissus leiocarpus, Bombax costatum, Boswellia dalzielii, Burkea africana, Pterocarpus erinaceus, Pterocarpus lucens et Sterculia setigera, elles semblent plus souffrir de la forte pression anthropique, bien que certaines d’entre elles montrent une sensibilité aux aléas climatiques. La plupart de ces espèces révèlent de bonnes potentialités de régénération. Les essais de germination révèlent de bonnes capacités de reproduction sexuée chez 7 espèces testées. Parmi elles, Dalbergia melanoxylon et Sterculia setigera pourraient se prêter à une sylviculture à moindre coût étant donné leurs meilleurs taux de croissance et leur adaptabilité à la transplantation.
Mots clés : Flore ligneuse – Végétation – Distribution – Diversité – Germination –Régénération – Burkina Faso